Tenerife, Bogota, Madère... Existe-t-il des aéroports plus dangereux que d'autres ?

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Tenerife, Bogota, Madère... Existe-t-il des aéroports plus dangereux que d'autres ?
Sécurité aéronautique
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18/3/25 13:30
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Velina Negovanska

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On voit la chaleur se dégager du sol sur cette image... un facteur défavorable au décollage ?

On voit la chaleur se dégager du sol sur cette image... un facteur défavorable au décollage ?[/caption]

La semaine dernière, un Airbus A340 d'Air France a décollé de Bogota alors qu'il se trouvait presque à la fin de la piste, provoquant l'ouverture d'une enquête du Bureau Enquête Analyse chargé d'analyser les incidents. D'après les médias, l'aéroport serait dangereux. Sur internet, les forums regorgent d'ailleurs de personnes ayant peur de l'avion et pointant du doigt certains aéroports dangereux. Chacun y partage ses craintes, répétant les (fausses) informations vues ailleurs, générant de nouvelles craintes sans fondement... Dans les stages, on nous demande très fréquemment si les aéroports de Madère, de Tenerife, Saint-Martin (dans les Antilles) ou Osaka (Japon) sont dangereux, et Bogota va certainement allonger cette liste des idées reçues. Tour d'horizon des légendes urbaines et des réalités.

1) Les avions sont adaptés aux aéroports qu'ils utilisent (et vice-versa)

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L'A380 a nécessité des travaux dans les aéroports qui l'ont accueilli : adaptation des terminaux pour pouvoir accélérer l'embarquement en utilisant toutes les portes, prolongation ou élargissement des pistes...

L'A380 a nécessité des travaux dans les aéroports qui l'ont accueilli : adaptation des terminaux pour pouvoir accélérer l'embarquement en utilisant toutes les portes, prolongation ou élargissement des pistes...[/caption]

Lorsqu'un aéroport veut pouvoir accueillir de très gros porteurs (comme l'A380), il doit adapter ses terminaux, mais il doit aussi parfois élargir la piste pour des avions de près de 100 mètres d'envergure. La piste a des performances mécaniques (dureté du sol, longueur et largeur) et est contrainte par des facteurs spécifiques (brouillard fréquent, altitude, chaleurs, vents...) qui le limitent. Il faut donc recevoir un agrément délivré par les autorités de l'aviation civile pour permettre une sécurité totale pour chaque type d'appareil. Si un paramètre est "hors limites", l'aéroport est interdit pour la catégorie d'avions en question, c'est ce qui est par exemple arrivé à l'aéroport de l'Île de Saint-Hélène (île de l'Atlantique sud) sur lequel le vent est en permanence trop fort pour y accueillir des avions de ligne... Un investissement inutile à 330 millions d'euros pour la Grande-Bretagne ! Si vous achetez un billet vers une destination, vous savez donc que l'avion ET l'aéroport permettent de réaliser le trajet en toute sécurité.

2) Certains aéroports sont particuliers

Sans être dangereux, certains aéroports demandent que le pilote ait découvert la piste en tant que "passager" avant de pouvoir s'y poser lui-même. C'est-à-dire qu'il doit réaliser un atterrissage dans le cockpit sans être lui-même aux commandes avant de pouvoir y prendre ses marques. Il pourra ensuite être autorisé à s'y poser en compagnie d'une pilote lui-même expérimenté sur le terrain. C'est le cas sur certains aéroports n'ayant pas de guidage, lorsque l'on ne peut pas s'aligner ou que le terrain n'est pas visible très longtemps à l'avance. C'est par exemple le cas sur un aéroport comme La Réunion où, en fonction de la piste utilisée, il n'est pas toujours possible de s'aligner dès le virage final, comme on le voit sur cette procédure d'approche :

la reunion

Une montagne (en gris) se trouve dans l'axe de l'une des pistes, l'avion doit donc faire un virage une fois cette montagne passée afin de se trouver parfaitement aligné sur l'aéroport. Ce type de virage n'est pas dangereux quand le pilote s'y attend, c'est pourquoi un minimum de connaissances du terrain est nécessaire.

funchall

Il existe également des aéroports comme Madère (ci-contre) qui cumulent plusieurs particularités. D'abord la piste est surélevée par rapport au niveau de la mer, ce qui signifie que l'altimètre utilisé par les pilotes pour connaître leur hauteur ne leur donnera pas une hauteur par rapport à la piste mais par rapport au niveau de la mer... On n'atterrit donc pas à 0 mètres de hauteur par rapport à la surface juste avant le terrain. Cet aéroport a par ailleurs une très mauvaise réputation car sa piste était à l'origine particulièrement courte, seulement 1600m... mais ce n'est plus le cas aujourd'hui ! Comme vous pouvez le voir, le terrain a été prolongée pour plus de sécurité et de confort : la piste mesure aujourd'hui presque 2800m ce qui permet à tous les types d'avions de s'y poser.

3) Les facteurs défavorables au décollage

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Ce tableau permet de déterminer la masse maximale de décollage pour un Airbus A320 en fonction de la longueur de la piste et de la température. Par exemple, à 20° sur une piste de 2250 on peut décoller avec une masse de 74,2 tonnes. A 30° on a le droit à seulement 73 tonnes. Si la piste mesurait 2500m à 20°, alors on pourrait accroître la masse à 77,8 tonnes.

Ce tableau permet de déterminer la masse maximale de décollage pour un Airbus A320 en fonction de la longueur de la piste et de la température. Par exemple, à 20° sur une piste de 2250 on peut décoller avec une masse de 74,2 tonnes. A 30° on a le droit à seulement 73 tonnes. Si la piste mesurait 2500m à 20°, alors on pourrait accroître la masse à 77,8 tonnes.[/caption]

Il existe néanmoins des conditions qui sont défavorables à la portance des avions (la portance est le phénomène qui "aspire" l'avion vers le haut quand l'air s'écoule sur ses ailes). Le premier est lié à la chaleur : plus il faut chaud et plus l'air est dilaté. S'il est dilaté, il est moins dense et le courant d'air que l'on rencontre lorsqu'on avance est moins fort que s'il faisait froid. De la même manière, la pression atmosphérique diminue avec l'altitude. Des aéroports situés à plusieurs milliers de mètres d'altitude réduisent ainsi les performances de l'avion... Logiquement, quand on monte il fait plus froid, mais parfois on décolle d'un aéroport à la fois haut et chaud, ce qui double les éléments défavorables.

Lorsque l'on décolle d'un terrain très chaud (Las Vegas, Dubaï...) ou situé en haute altitude (Bogotá a fait la Une des médias cette semaine), il est donc possible que la portance de l'avion soit moins forte qu'en décollant d'un aéroport classique. Pour compenser ce manque de performance, on peut soit réduire le poids de l'avion (en emportant moins de fret, moins de passagers ou moins de carburant, ce qui oblige à faire une escale), soit accélérer plus fort au moment du décollage, soit attendre que la température baisse en décollant par exemple après la tombée de la nuit. Sur Boeing 747, une hausse de température de seulement 1°C peut ainsi faire baisser de 1,5 tonne la masse maximale de décollage autorisée pour l'avion ! Le tableau ci-dessus fait apparaître ces variations de performances. Il est donc toujours possible de compenser une faible portance, d'autant que des facteurs comme la pression atmosphérique ou la température ne nous font pas de surprise en variant en quelques secondes.

4) Et concernant les cas les plus inquiétants d'après les forums ?

Tenerife garde la mauvaise réputation liée à sa première implantation... En effet, le premier aéroport de l'île avait été positionné dans un micro-climat défavorable avec beaucoup de vents changeants, mais un nouvel aéroport a été inauguré à la fin des années 70 ! Depuis 40 ans, certains passagers continuent donc à s'inquiéter en pensant que ces mauvaises conditions sont encore valables.

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L'aéroport d'Osaka est sur une île artificielle, impressionnant vu du ciel mais absolument rien à craindre, la piste est très longue !

L'aéroport d'Osaka est sur une île artificielle, impressionnant vu du ciel mais absolument rien à craindre, la piste est très longue ![/caption]

Pour Osaka, il n'y a absolument rien à craindre, l'aéroport a été construit dans les années 90, il est impressionnant par son positionnement sur l'eau (photo ci-contre). Il s'agit d'une île artificielle construite spécialement pour l'aéroport, mais le terrain est long, sans dénivelé, avec peu de vent... Rien à dire donc !

On pourrait ainsi donner de nombreux exemples d'aéroports inquiétants et sur lesquels des rumeurs circulent, mais une chose doit rester gravée dans votre mémoire : si les avions desservent cet aéroport, alors c'est qu'il est fiable, bien plus sécurisé qu'un court trajet sur une autoroute :)

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