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Le 737 MAX est le dernier né de la famille Boeing... L'appareil a connu le meilleur lancement commercial de l'histoire de l'avionneur.[/caption]Même si les raisons des deux accidents qu'a rencontré le dernier né de la famille des Boeing 737 ne sont pas encore officiellement les mêmes (un système de protection appelé MCAS qui se serait déclenché de manière inopportune), les suspicions sont suffisamment fortes pour que de nombreuses autorités de sécurité aérienne clouent au sol la flotte de MAX. Vous avez déja la certitude que vous ne volerez pas sur 737MAX puisque la flotte n'a plus le droit de décoller et l'Amérique du Nord reste pour l'heure la seule zone dans laquelle l'avion peut continuer à voler, la FAA estimant que les recommandations émises après le crash de Lion Air en octobre 2018 doivent permettre de ne plus rencontrer d'accident jusqu'à la mise à jour de l'avion qui doit arriver avant la fin du mois de mars. Les 737 MAX pourront reprendre leurs vols si l'enquête montre accident de l'Ethiopian n'est pas du au MCAS, ou dès que des corrections suffisantes auront été appliquées. Et les USA pourraient réviser leur décision si trop de passagers refusent d'embarquer dans l'appareil, ou si le Donald Trump ordonne l'interdiction de vol de l'avion, ce qu'il a apparemment le droit de faire...Ce n'est pas la première fois qu'un avion rencontre des interdictions de vol alors qu'il a déjà été vendu à des centaines d'exemplaires, c'est par exemple arrivé par le passé à des appareils comme le Boeing 777 et le Boeing 787 sans que cela n'ait le moindre impact sur l'avenir commercial des avions ou leur fiabilité sur le long terme. Le Boeing 777 est par exemple sorti à la fin des années 90 et il ne s'est jamais crashé pour une raison technique connue (le MH17 a été abattu par un missile en Ukraine, et les causes du MH370 sont à ce jour inconnues). Le B787 avait pour sa part été cloué au sol suite à des problèmes sur le fonctionnement de batteries, sans que cela ne cause d'accident heureusement. Les ingénieurs de Boeing avaient du passer plus de 200.000 heures de travail pour trouver l'origine du problème puis la corriger. Boeing s'était également engagé à compenser financièrement les surcoûts liés à ces interdictions de vol (la compagnie va par exemple louer d'autres avions pour assurer ses vols), ce qui avait par exemple représenté 1 million de dollars par jour pour la compagnie japonaise ANA et ses 17 Dreamliners (soit environ 60.000$ par jour et par avion). Le coût était donc de 3 millions de dollars par jour pour Boeing, la flotte représentant alors 51 avions.Difficile de faire des extrapolations puisque le 737 est un avion moyen courrier alors que le 787 est un long courrier (qui coûte donc plus cher), mais avec environ 300 Boeing 737-MAX cloués au sol, on arrive à un ordre de grandeur maximum d'environ 20 millions de dollars par jour d'interdiction de vol si l'avionneur américain s'engage à nouveau à compenser les pertes subies. D'éventuels reports de livraison pourraient augmenter le coût global pour l'avionneur, mais il est peu probable que des annulations de commande aient lieu : les compagnies ont besoin de ces appareils et la confiance reste totale pour que les avions puissent être corrigé.Si un constructeur est jugé responsable d'un accident mortel, les familles des victimes peuvent se retourner contre lui afin d'obtenir des compensations financières très importante, ce n'est pas une spécificité du secteur aéronautique et les grandes entreprises sont toutes assurées contre ce risque. La compagnie Transasia qui a connu deux crashs en 2015 et 2016 avait moins été touchée par les 40 millions de dollars d'indemnités qu'elle avait distribué que par la perte de confiance en la compagnie, ce qui l'avait conduit à la faillite. Sur le vol 603 de Aeroperù en 1996, chaque décès avait été indemnisé à hauteur de 1 million de dollars.Pour les passagers d'une compagnie qui opérerait encore des MAX (Amérique du Nord et Fly Dubaï), les vols sont assurés normalement et il n'y apparemment aucune compensation d'aucune sorte si le passager souhaite renoncer ou modifier son vol : les pénalités habituelles s'appliquent. Il semble cependant probable que devant la pression médiatique, des gestes commerciaux finissent pas être réalisés. D'autant que le syndicat des PNC américain a envoyé un mail à ses 27.000 membres contenant cette phrase : “It is important for you to know that if you feel it is unsafe to work the 737 Max, you will not be forced to fly it”, tout en demandant à la FAA d'interdire également l'avion aux USA. Difficile d'imposer des vols aux passagers quand même les professionnels peuvent faire valoir un droit de retrait.D'un point de vue purement "sécurité aérienne", on sait donc qu'un avion sur lequel on a des doutes peut être corrigé et ne pas rencontrer le moindre problème de sécurité aérienne, ce fut le cas sur le Boeing 777 et le 787. Le Boeing 737 MAX représente près de 80% du carnet de commande de l'avionneur et nous devons avoir cette certitude à l'esprit : lorsqu'il sera à nouveau autorisé à voler il n'y aura absolument aucun doute sur sa capacité à transporter ses passagers en toute sécurité.
[Analyse du système MCAS mis en cause dans un article consacré au crash de Lion Air en octobre 2018 : lien vers l'article]