Ecrit le 18 Mai 2019
Un Boeing 787 « Dreamliner » de la Royal Air Maroc. Des écarts ont été observés dans une des usines de l’avion…
En aéronautique, le doute ne peut pas s’installer. Quand il y a des interrogations sur un avion, des modifications sont apportées et les avions en cause peuvent être interdits de vol. C’est le cas du Boeing 737 MAX qui a subi deux accidents : toute la flotte de l’appareil est clouée au sol en attendant qu’une nouvelle version du logiciel de protection anti-décrochage soit mise en place, ce qui permet à tous les voyageurs de garder une confiance totale en tous les avions sur lesquels ils pourraient voler. Pour permettre de lever les interdictions, il faut :
– un fastidieux travail pour les équipes du constructeur (en 2013, les corrections apportées sur le B787 avaient nécessité 200.000 heures de travail aux ingénieurs de Boeing !)
– une validation des modifications par les régulateurs américains, européens et canadiens, qui vont contrôler que toutes les règles de sécurité sont bien respectées et qu’aucune faille n’a pu se glisser dans la proposition,
– la confirmation du bon fonctionnement de l’avion à la fois en simulateur de vol et lors des vols d’essai…
Il faudra ainsi au moins 6 mois entre l’interdiction des vols du Boeing 737 et une éventuelle levée des suspensions, sans compter la formation des pilotes ou les maintenances à apporter aux appareils avant de pouvoir les faire revoler.
Les non-événements génèrent en ce moment des articles chez Boeing, donnant le sentiment que tous les avions sont dangereux
Mais il faut aussi comprendre qu’en aviation, il y a de nombreux non-événements qui ne méritent pas tous d’être relatés car il font partie de la vie normale de l’aéronautique. Sauf qu’en période de crise, chaque micro-situation qui sort de l’ordinaire génère des articles alarmistes. Le 14 mai dernier, un Boeing 737-800 de la compagnie russe UTAir n’a pas pu correctement rentrer son train d’atterrissage et est donc retourner se poser.
Ce fait totalement banal a pourtant généré quelques articles (et le Boeing 737-800 est la version avant le MAX, elle n’a absolument aucun problème et continue à pouvoir voler). A contrario, deux Airbus ont rencontré des problèmes hydrauliques la veille (fuite sur un A319 au Canada, problème sur un A320 en Inde) sans que cela ne soit relaté hors des sites spécialisés. Ces événements sont tous sans aucune gravité, il en survient tous les jours et sont parfaitement maîtrisés par les équipages qui s’entraînent régulièrement à gérer toute situation qui sortirait de l’ordinaire. Mais puisque Boeing est pointé du doigts, chaque événement est relayé par les médias, renforçant le sentiment que les Boeing seraient des avions dangereux.
Le premier Boeing 787 lors de sa livraison à Air France le 2 décembre 2016.
Il y a ensuite le Boeing 787 Dreamliner, l’appareil long courrier de Boeing dont la production subirait des écarts dans une usine de Caroline du Sud. Certains débris de la fabrication de l’avion (échelles, écrous…) n’auraient pas été correctement nettoyés et ce sont les inspecteurs chargés de vérifier le bon état des avions en bout de chaîne qui ont détecté ces écarts, ce qui est anormal. La situation serait grave si l’affaire était inconnue et révélée par la presse, mais ce sont en fait les employés eux-mêmes de l’usine qui ont révélé les problèmes auprès de la FAA (l’autorité de sûreté américaine) en 2013 ! Des inspections poussées ont donc lieu depuis plus de 6 années, avec notamment des visites de l’usine plusieurs fois par mois jusqu’à aujourd’hui. La FAA a confirmé avoir identifié 3 écarts depuis le mois de septembre 2018, le seul fait connu de la presse concerne deux morceaux d’une garniture de porte qui avaient été collés avec du chewing gum… Des événements isolés qui sortent du cadre réglementaire et ne sont donc pas tolérables, mais on est donc loin d’un scoop ou d’un élément d’inquiétude pour les autorités : elles sont au courant et il n’y eu pas de conséquence opérationnelle à part la mise en place de contrôles plus poussés de la part de certaines compagnies clients, entraînant dans le pire des cas des retards à la livraison. Une fois de plus c’est la crise du Boeing 737 MAX qui a permis à l’info de faire les gros titres malgré le fait que la « news » soit ancienne. L’article (à charge) complet est disponible ici.
Un Boeing 737 MAX de la compagnie Mauritania Airlines – image Flight-Report
Boeing a fait une faute majeure sur son dernier appareil et tout est fait pour que plus jamais un avion ne puisse connaître de défaut lors sa conception. Cette crise provoque une focalisation sur le constructeur mais rien ne sort réellement de l’ordinaire. Les appareils de Boeing aujourd’hui en circulation sont tous fiables, et lorsque le 737MAX reprendra les vols il le sera également. Jamais des professionnels de l’aviation comme les pilotes n’accepteront d’embarquer et prendre les commandes s’ils ont le moindre doute, ils reprendront le chemin des airs en ayant pris connaissance de toutes les problématiques et enjeux, rationnellement, loin de l’hystérie médiatique. Quand vous achèterez votre billet, il n’y aura aucune question à poser : vous saurez que votre appareil est fiable, quel que soit son modèle ou sa marque.